Lundi 14 juillet 2008

                                                  Clich--2008-02-09-20-45-24.jpg                            
Agnès, psychologue interculturelle en mission humanitaire à Ruyigi au Burundi depuis mi-juillet 2007 s'apprêtait à fêter cette fin d'année heureuse, en toute simplicité avec ses collègues expatriées. Elle n'en a pas eu le temps.

A peine plus de 2 heures... c'est le temps qui s'est écoulé entre le fou rire et la mort. C'est aussi celui de l'agonie d'Agnès.

Plus de 4700 heures écoulées depuis...

Et : un faisceau d'incertitudes pour seul réconfort.

Agnès aimait ce pays, son deuxième pays, le Burundi. Elle y  était venue pour ses enfants, pour que leur sourire continue a égayer leur visage. Elle a perdu le sien.

Rien ne justifie sa mise à mort. Mais pire encore : rien ne l'explique aujourd'hui.

Nous demandons que la valeur de l'engagement  et la valeur de la vie soient rappelées comme essentielles à notre dignité collective, la nôtre à nous français, et celle du peuple burundais.



Nous demandons la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

 

par la famille d'Agnès publié dans : Edito
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Lundi 14 juillet 2008
Fernando Pessoa.


Le 15 juillet 2007, Agnès s'envolait pour le Burundi.

Elle était transie de peur parce qu'elle osait enfin accéder à un rêve de toujours : partir, mais cette fois en sachant où aller.
L'émotion crispait son visage, l'angoisse de "partir seule au bout du monde" la faisait blêmir. Jusqu'au dernier moment le doute l'a tétanisée. Mais elle voulait y aller et elle a réussi.

Deux jours plus tard, elle annonçait qu'elle était bien arrivée, "c'est magnifique et intrigant... à chaque pas une nouvelle image qui m'emmène de déocuvertes en découvertes". Son enthousiasme colorait les lignes de ses mails.
Dès la fin de sa première semaine, elle décidait de prendre des cours de kirundi.

Elle a commencé sa mission en faisant le tour du pays pour "rencontrer d'autres acteurs de la lutte contre le VIH pour avoir une vision globale" et par "une enquête sur les connaissances, attitudes et pratiques sur le VIH, l'allaitement et l'alimentation de l'enfant afin de mieux cerner les problèmes et de mieux cibler les actions à mettre en place".
Elle s'était formée à l'interculturel mais portait naturellement en elle ce regard empathique qui lui a permis de se sentir très vite à l'aise dans ses relations locales. "J'ai commencé à me faire des petits amis et j'en suis ravie !" accompagnait la photo d'un enfant assis sur ses genoux.

Elle était heureuse, et vivait pleinement chaque instant, chaque rencontre.


par la famille d'Agnès
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Jeudi 24 avril 2008

(Syfia Grands Lacs/Burundi) Peu fertile et ruiné par la guerre, l'est du Burundi est en proie à des disettes récurrentes. Mais, par manque de sécurité ou de budget, les Ong qui soulageaient les villageois sont parties récemment. La malnutrition gagne du terrain.

"Bienvenue au Centre nutritionnel de Ruyigi" lit-on sur une pancarte, à l’entrée de l’ex-quartier général d'Action contre la faim (l’ACF), une Ong française qui a fermé ses portes après l’assassinat de son employée, Agnès Dury, le 31 décembre dernier. L’hôpital de Ruyigi, à l'extrême est du Burundi, a triste allure : dans la grande cour, derrière une vieille clôture en bois, quelques bâtiments en maçonnerie rudimentaire ou en bâches plastique comme celles utilisées par les réfugiés, Plus loin, les anciens bureaux, cuisine et salles d’hospitalisation, aux charpentes en bois et toitures en tôle bon marché, sont presque désertes. Visiblement, il y a à peu près cinq ans, le centre avait été installé en urgence. Les derniers malades qui y sont encore, une dizaine de mères et leurs enfants, en haillons, maigres, cheveux frisés et roux, ventres et pieds gonflés pour la plupart, illustrent les différentes maladies nutritionnelles traitées dans ce centre : le kwashiorkor, le marasme... Désespérés, ils achèvent le stock de lait et les provisions. Quatre malades sont morts quelques jours après la fermeture.
"Le centre recevait entre 30 et 40 malades par mois et il en a déjà guéri environ 9 000. Il avait créé des comités d’alerte à la malnutrition sur toutes les collines de la province et les malades étaient transportés jusqu’ici par ses véhicules", confie un ancien employé de l’Ong.

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Lundi 14 avril 2008
La Radio Publique Africaine (RPA) a commenté en ces termes mercredi 9 avril la libération effectuée la veille des deux dernières personnes soupçonnées d'avoir assassiné Agnès le 31 décembre au Burundi.

Rappelons-nous, tout début janvier, quelques heures et jours après l'attaque, cinq personnes ont été arrêtées à Ruyigi. Il s'agissait d'anciens salariés Acf et d'habitants du quartier dans lequel a été organisée l'embuscade. Parmi ces personnes se trouvait Flora, que le véhicule reconduisait chez elle au moment des tirs et qui a aidé aux premiers secours apportés à Aude et à Agnès à l'hôpital de Ruyigi. Elle a été incarcérée plusieurs semaines. Huit autres résidents du quartier ont été emprisonnés à l'occasion d'une perquisition. Toutes ces personnes ont progressivement été libérées, jusqu'à ce mardi 8 avril.

De là où nous sommes, c'est-à-dire à plus de 6 000 km du Burundi, nous ne pouvons que considérer ces remises en liberté comme possible réactivation et réorientation des investigations vers des pistes plus sérieuses.

Nous vous assurons que les enquêtes vont continuer, inlassablement, jusqu'à ce que la vérité éclate. Nous y veillerons sans relâche.

Cet acte infâme qui a pris la vie d'Agnès, et qui a peut-être aussi provoqué par ricochet la mort de tout jeunes enfants burundais en détresse doit être sévèrement puni.

Nous ne baisserons l'étendard que le jour où la Justice burundaise brandira le sien en condamnant les auteurs et les commanditaires de l'assassinat d'Agnès.


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Lundi 31 mars 2008
31, soir de ta mort.
Mars, mois de ta naissance.

Anniversaire de l'absence.
Avec pour seul présent le silence.
La vie a-t-elle un sens ?

Belles devraient être notre ignorance
Et les joies de l'insouciance,
Mais elles ne sont que souffrances
Lorsque s'étiole l'espérance.

Agnès, avec tes mots :

“ Je voudrais hurler,
Mais l'angoisse ne se crie pas
Elle reste là,
Tapie au fond de soi.
Dans l'ombre, elle engloutit le souvenir,
Lentement, elle gagne la confiance,
Pertube les pensées.
Elle tisse ce voile obscur
Et finit par tout recouvrir,
Parce qu'elle nous a heurté
Avec une terrible violence,
Elle a marqué notre âme
Jusque dans sa moindre entraille."

L'hiver est venu mourir sur cette colline.
Il a donné son dernier souffle en ce début de printemps,
veille de ton anniversaire, sans toi.
Pourquoi ?


par la famille d'Agnès
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Lundi 31 mars 2008
Vous êtes plus de 2 500 signataires de la pétition "La vérité et la justice pour Agnès".

Amis, amis d'amis, connaissances, humanitaires, parents d'humanitaire disparu.
Vous êtes français et burundais mais aussi algériens, américains, argentins, belges, britanniques, bulgares, burkinabés, camerounais, canadiens, chinois, chypriote, colombiens, comoriens, congolais, croates, espagnols, estoniens, guinéens, haïtiens, hollandais, hongrois, grècques, iraniens, israéliens, italiens, ivoiriens, kosovares, libanais, luxembourgeois, macédoniens, malgaches, maliens, marocains, mauritaniens, mexicains, polonais, portugais, québécois, roumains, sénégalais, suisses, tchadiens, tchèques, tunisiens, zaïrois.
Vous savoir nombreux et solidaires, soucieux que la vie soit respectée, par le souvenir mais aussi l'espoir d'une issue judiciaire honorable, est source d'énergie pour avancer dans ce combat quotidien.

Et si ensemble nous pouvions rattrapper le temps ? Faire que chaque heure, minute, passée depuis ce 31 décembre corresponde à une nouvelle signature ? Avec votre aide, nous pouvons y arriver. Aussi sûrement que le temps passe.

Relayez, diffusez la pétition autour de vous.

Merci à tous !


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Lundi 18 février 2008
La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, FIDH
L’Union Interafricaine des Droits de l’Homme, UIDH
La Ligue des Droits de la personne dans la région des Grands Lacs, LDGL
Le Forum pour le Renforcement de la société civile au Burundi, FORSC
L’Observatoire de l’Action Gouvernementale, OAG
La Ligue Burundaise des Droits de l’Homme, ITEKA
 
Ensemble elles tirent une sonnette d’alarme au travers d’une déclaration commune :
 
-       Elles « observent avec préoccupation la dégradation continuelle de la situation des droits de la personne au Burundi. »
 
-       « Elles sont particulièrement préoccupées par la fréquence et la régularité de nombreux actes de banditisme à main armée, d’assassinats ciblés et prémédités ainsi que d'autres crimes commis parfois avec la complicité de certains agents de l’ordre chargés pourtant d’assurer la sécurité des populations au niveau de la capitale Bujumbura et de l’intérieur du pays. »
 
-       « Elles déplorent l'absence d'évolution de certaines enquêtes sur des affaires criminelles comme les tueries de Muyinga de Juillet 2006, les grenades lancées aux domiciles de certains parlementaires en Août 2007, les assassinats en pleine ville de Bujumbura et ailleurs. »
 
Ailleurs étant Ruyigi et l’assassinat d’Agnès, le 31 Décembre dernier.
 
Nous ne pouvons que nous inquiéter de ce constat. D’autant que notre appel lancé en début de semaine dernière à l’adresse des ministres de la Justice française et burundaise est resté sans écho sonore, ni visuel.
 
Il est d’autant plus important que nous soyons nombreux et solidaires pour demander que la Justice soit vraie, pour Agnès, et nous l’espérons, pour  tous ceux qui sont privés de la vérité encore aujourd’hui.
 
Pétitionnez et relayez autour de vous !
 
 
Téléchargez la déclaration commune « Burundi : Dégradation continuelle de la situation des droits de l'Homme » binub.turretdev.com/images/articles/degradation.pdf
Liens :
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Dimanche 10 février 2008
Justice et démocratie : nous aussi voulons y croire !

Madame la ministre de la Justice française Rachida DATI et Monsieur le Ministre de la Justice burundaise Jean Bosco NDIKUMANA, nous vous proposons un cas pratique pour vos travaux lors de la IVe Conférence des ministres francophones de la Justice qui se déroulera ces 13 et 14 février à Paris.

Agnès a été assassinée le 31 décembre dernier, à Ruyigi au Burundi, où elle était en mission humanitaire avec l'ONG Action Contre la Faim.
Une instruction criminelle a été ouverte le 4 janvier à Mâcon en Saône-et-Loire d'où elle était originaire.
Depuis, une commission rogatoire est en cours : les auditions des 2 jeunes femmes expatriées Acf présentes au moment des faits (dont Aude, touchée elle aussi), de représentants Acf, des membres de la famille d'Agnès ont été effectuées.
Le corps d'Agnès a été autopsié le 7 janvier et une balle a été trouvée.
Une instruction est aussi en cours au Burundi.

Mais :

L'absence de coopération entre les justices française et burundaise inhibe l'enquête :
- la balle est en France mais les armes sont au Burundi.
- d'autres pièces à conviction (véhicule criblé de balles, douilles, etc...) attendent au Burundi mais aucun expert n'est encore nommé en France à ce jour (une demande diplomatique de l'Etat Burundais pour une entraide en matière d'expertise balistique est toujours à l'étude au Quai d'Orsay).
- les témoins/victimes burundaises ont été entendues exclusivement au Burundi et les témoins/victimes françaises ont été entendues exclusivement en France, sans lien entre les instructions, alors que toutes ces personnes étaient dans le même véhicule, au même moment : toutes ont essuyé les tirs le 31 décembre dernier à Ruyigi.
- une commission rogatoire internationale est en instance : la justice française n'a connaissance d'aucun élément du dossier burundais (et inversement) alors que des personnes ont été interrogées dès le 2 janvier puis arrêtées et que des armes ont été saisies au Burundi.

Madame et Monsieur les ministres de la Justice, au nom de la démocratie, ne laissez pas Agnès se faire assassiner une seconde fois : faites de sorte qu'une justice transparente, efficace, rapide, équitable et digne soit rendue.
Nous sommes convaincus que le peuple burundais a tout autant besoin de la vérité que nous, famille d'Agnès.


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