D'après le témoignage de Aude.
Pour célébrer ce dernier jour de l'année 2007, Agnès, Aude et Pauline, accompagnées de Flora et Butoyi, toutes deux amies burundaises, décident de se rendre au barrage dans l'après-midi. Ce lieu
magique que seule Aude connaît déjà parmi les trois expatriées est privilégié pour observer le coucher de soleil.
Après une ballade le long du canal elles contemplent le spectacle, s'émerveillent de la beauté de cette nature et partagent leurs résolutions pour la nouvelle année qui s'annonce. Elles sont
heureuses, sereines et gaies. Elles rient beaucoup.

Le jour s'assombrit, bientôt la nuit, il est temps de partir. Sécurité oblige : ce petit coin de paradis de jour est interdit pour elles la nuit, c'est la règle.
Elles reprennent la route prudemment sur ce sentier troué et bosselé. Les rires éclaboussent de bonne humeur l'intérieur du véhicule. Direction la maison de Flora dans Ruyigi à quelques kilomètres
à peine : sa petite attend sa tétée. Au carrefour, Aude s'arrête en double file juste le temps de poser des consignes, mais le chemin de terre est trop étroit et la voiture qui arrive en face ne
peut pas passer. Pauline prend alors le volant, déplace le véhicule, et récupère Aude qui s'installe côté passager. Agnès est derrière elle, dos à dos et rit toujours autant. La maison de Flora est
à moins de100 mètres, le chemin tourne... un bruit fracassant : des tirs. Flora et Butoyi crient : elles connaissent ces "chants" de guerre. Aude est touchée au bras. Agnès est touchée
au bas ventre. Sans attendre, Pauline fait demi-tour, personne ne descend, direction l'hôpital. Elles repassent par l'endroit des tirs en se couchant : c'est quitte ou double. Pas de nouvelle
rafale, elles poursuivent. Pauline a le poing sur le klaxon, c'est le nouvel an, la rue est bondée.
Elles arrivent en trombe à l'hôpital. Agnès est prise en charge en priorité par les infirmiers : sa blessure est grave. Aude patiente et garde la tête froide en comprimant son bras ensanglanté,
avec Flora à ses côtés « les yeux plein de terreur et d'angoisse ». Elle n'a qu'une pensée à l'esprit : « il faut vivre, j'ai peur pour Agnès, elle a mal » .
L'hôpital n'est pas équipé pour gérer ce type de situation. L'équipe médicale tente de stabiliser l'état d'Agnès et de Aude avec perfusions et pansements, mais elle ne peut pas faire plus. Or leurs
blessures nécessitent des interventions chirurgicales. Pauline quant à elle met tout en oeuvre pour faire au plus vite et coordonne le déplacement d'un convoi d'urgence jusqu'à l'hôpital de Gitega.
Ce n'est pas simple, la circulation de nuit est interdite et doit être sécurisée. Et nous sommes le 31 décembre.
Lorsque les infirmiers déplacent Agnès pour la mettre dans l'ambulance elle crie. Ils essayent de la calmer et lui disent de garder ses forces, qu'elle en aura besoin. Mais elle leur répond : « ça
me fait du "bien", je sais que je suis en train de mourir » ... Vingt minutes après le départ de l'ambulance, Agnès a perdu trop de sang, son coeur cesse de battre.
« Agnès, un soleil qui n'arrêtera jamais de se coucher...»
Jusqu'au lendemain après son réveil post-opération et son transfert à Bujumbura, Aude entendra les cris d'Agnès, son amie « pétillante et magnétique » et l'espèrera encore vivante. Aude sera
évacuée pour l'Afrique du Sud après de nombreuses complications du fait de la situation au Kénya, où elle subira d'autres opérations avant d'être rapatriée en France.
Aude, merci.